Ostéopathie et natation : nager en pleine forme
Il m'arrive régulièrement d'accueillir au cabinet des nageurs qui viennent me voir avec la même phrase : « Ça tire dans l'épaule depuis quelques semaines, mais je continue à m'entraîner. » Souvent, la douleur s'est installée doucement, sans traumatisme, et elle finit par gêner le crawl, puis le sommeil. La natation a pourtant cette réputation — largement méritée — d'être un sport doux pour les articulations : c'est justement parce qu'elle porte peu qu'on oublie parfois à quel point elle sollicite intensément certaines zones du corps.
La natation, un sport porteur… mais exigeant
Dans l'eau, le corps est allégé. Les genoux, les hanches, la colonne vertébrale ne subissent pas les impacts qu'on retrouve en course à pied. C'est ce qui fait de la natation un sport que je recommande souvent à mes patients en reprise d'activité, après une blessure ou en cas de lombalgie chronique.
Mais soulager les articulations portantes ne veut pas dire ne rien solliciter. En natation, la propulsion vient majoritairement du haut du corps. Les épaules, les omoplates, la région cervicale et le rachis dorsal travaillent en continu, sur des amplitudes maximales, et sur un nombre de répétitions considérable. Un nageur régulier peut enchaîner plusieurs milliers de mouvements de bras par séance.
C'est cette répétition, bien plus que l'intensité, qui explique la plupart des natation douleurs que je rencontre en consultation.
L'épaule du nageur : la plainte numéro un
Pourquoi l'épaule est si exposée
L'épaule est l'articulation la plus mobile du corps — et cette mobilité se paie en stabilité. Elle ne tient pas grâce à un emboîtement osseux solide, mais grâce à un équilibre subtil entre les muscles de la coiffe des rotateurs, les stabilisateurs de l'omoplate et les tissus environnants.
En crawl ou en papillon, chaque cycle de bras amène l'épaule en élévation complète avec une rotation interne. Répété des milliers de fois, ce geste peut créer un conflit dans l'espace sous-acromial : les tendons se retrouvent comprimés, s'irritent, et la douleur apparaît.
Ce que j'observe très souvent chez les nageurs qui viennent me consulter :
- une raideur dorsale haute qui empêche la cage thoracique de s'ouvrir correctement ;
- une omoplate qui glisse mal sur le thorax, obligeant l'épaule à compenser ;
- des cervicales tendues, notamment chez ceux qui respirent toujours du même côté ;
- un déséquilibre entre les muscles antérieurs (pectoraux, grand dorsal, très sollicités par la traction) et les rotateurs externes, souvent négligés.
Ce que je fais en tant qu'ostéopathe pour un nageur
Quand un nageur me consulte pour une épaule douloureuse, mon premier travail est d'écouter et d'observer. Depuis quand ? Quelle nage ? Quel volume hebdomadaire ? Y a-t-il eu une augmentation récente des distances, un changement de coach, l'introduction de plaquettes ou d'un élastique ? Ces détails orientent énormément le raisonnement.
Ensuite, j'examine bien au-delà de l'épaule elle-même. Une épaule nageur ostéopathie ne se résume jamais à traiter le point douloureux. Je vérifie :
- la mobilité des vertèbres dorsales et des côtes ;
- le jeu de l'articulation entre clavicule et sternum, souvent oubliée ;
- la souplesse du diaphragme, essentielle pour une respiration efficace en nage ;
- la mobilité cervicale, en particulier les rotations ;
- l'équilibre global du bassin et des appuis, car un défaut d'ondulation part souvent d'en bas.
Le travail que je propose est manuel, adapté à la sensibilité du moment : techniques douces sur les tissus, mobilisations articulaires, relâchement des zones de tension. L'objectif n'est pas de faire disparaître un problème d'un coup de baguette magique, mais de redonner de la liberté de mouvement là où le corps s'est enraidi, pour que l'épaule cesse de compenser toute seule.
J'aborde plus en détail les différents mécanismes de la douleur scapulaire dans cet article : Douleur à l'épaule : quand consulter un ostéopathe ?
Les autres zones que je surveille chez les nageurs
Le cou et les cervicales
Respirer toujours du même côté en crawl crée une asymétrie de rotation cervicale répétée à chaque cycle. Beaucoup de nageurs arrivent au cabinet avec une nuque nettement plus raide d'un côté. En brasse, c'est l'extension permanente du cou pour sortir la tête qui pose problème, particulièrement chez les nageurs loisir qui gardent la tête hors de l'eau en permanence.
Le bas du dos
Le papillon et la brasse sollicitent fortement la charnière lombaire en extension. Les ondulations, très efficaces techniquement, demandent une bonne mobilité dorsale : quand celle-ci manque, ce sont les lombaires qui encaissent.
Les genoux, en brasse
Le mouvement de ciseau de la brasse impose une rotation particulière au genou. Chez les brasseurs réguliers, la face interne du genou peut devenir sensible. J'y prête toujours attention lors de l'examen.
Prévenir plutôt que subir : mes conseils de terrain
Voici ce que je conseille le plus souvent aux nageurs que j'accompagne à Mouvaux et dans la métropole lilloise :
- Alterner les nages. Le tout-crawl est un facteur de surmenage majeur de l'épaule. Varier permet de répartir les contraintes.
- Respirer des deux côtés. C'est inconfortable au début, mais c'est l'un des meilleurs investissements pour vos cervicales.
- Soigner l'échauffement à sec. Cinq minutes de mobilisation des épaules et du dos avant d'entrer dans l'eau changent beaucoup de choses.
- Renforcer les rotateurs externes et les fixateurs d'omoplate. Un travail simple à l'élastique, deux à trois fois par semaine, complète très bien ce que nous faisons en cabinet.
- Utiliser les plaquettes avec parcimonie. Elles augmentent nettement la charge sur l'épaule.
- Augmenter le volume progressivement. La plupart des douleurs que je vois apparaissent après une hausse brutale du kilométrage.
- Ne pas nager sur une douleur installée. Une gêne qui persiste au-delà de quelques séances mérite un avis.
Ces principes de prévention se retrouvent d'ailleurs dans beaucoup de sports d'endurance — j'en parle notamment pour les cyclistes dans Ostéopathie et cyclisme : pédaler sans douleur.
Quand consulter un ostéopathe quand on nage ?
Il n'est pas nécessaire d'attendre d'avoir mal pour venir me voir. Dans ma pratique, je distingue trois situations :
En prévention, une à deux consultations par an suffisent souvent pour faire le point sur la mobilité et corriger les tensions qui s'installent silencieusement. C'est particulièrement utile en début de saison ou avant un objectif.
En cas de gêne débutante : une sensation d'accrochage, une épaule qui « chauffe » en fin de série, une nuque raide au réveil. C'est le moment idéal pour consulter, avant que le corps ne mette en place des compensations.
En complément d'un suivi médical, si une pathologie tendineuse a été diagnostiquée. Je tiens à le rappeler clairement : l'ostéopathie ne remplace ni votre médecin, ni votre kinésithérapeute. Elle s'inscrit en complément. Devant une douleur intense, nocturne, une perte de force ou un blocage franc, je vous orienterai systématiquement vers une consultation médicale.
En tant que praticienne formée à l'ostéopathie sportive, j'accompagne aussi bien les nageurs licenciés en club que ceux qui font leurs longueurs deux fois par semaine par plaisir. Le raisonnement reste le même : comprendre le geste, identifier ce qui bloque, et redonner au corps les moyens de nager librement.
En résumé
La natation reste un sport formidable pour la santé articulaire, à condition de respecter les épaules et le rachis qui en sont les moteurs. Les douleurs d'épaule du nageur ne sortent presque jamais de nulle part : elles sont le résultat d'un déséquilibre progressif, d'un volume mal dosé ou d'une raideur dorsale qui reporte les contraintes au mauvais endroit. Un travail ostéopathique régulier, associé à un renforcement ciblé et à une bonne variété de nages, permet le plus souvent de continuer à nager sereinement.
Si vous ressentez une gêne persistante à l'épaule, au cou ou au dos après vos séances, n'attendez pas qu'elle s'installe. Je suis Marion Cordonnier, ostéopathe à Mouvaux, et je reçois les nageurs de Mouvaux, Lille et de toute la métropole lilloise, du licencié au nageur du dimanche. Vous pouvez prendre rendez-vous sur Doctolib en quelques clics, ou me contacter directement si vous avez la moindre question avant de franchir la porte du cabinet.